Le pape François arrive au Chili, pour son 6e voyage en Amérique latine

Le pape François a atterri lundi à Santiago du Chili pour sa sixième visite en Amérique latine, qui le mènera aussi au Pérou, deux pays où les Eglises locales sont en perte de vitesse, touchées par des scandales de pédophilie.

Le souverain pontife a été accueilli à son arrivée, vers 22H20 GMT, par la présidente chilienne Michelle Bachelet, accompagnée de trois enfants qui lui ont offert des fleurs.

Le vent fort sur le tarmac l’a obligé a enlever sa calotte avant de descendre de appareil. Il a ensuite salué différents représentants de l’Eglise et des autorités.

Peu avant, dans l’avion papal, François, avait déclaré que le monde était « à la limite » du risque de guerre nucléaire, confiant: « J’ai vraiment peur. Il suffirait d’un accident pour tout précipiter ».

Le pape argentin s’exprimait au surlendemain d’une alerte au missile, qui s’est avérée sans objet, ayant semé la panique à Hawaï, alors que la Corée du Nord laisse planer la menace d’une attaque nucléaire.

Jorge Bergoglio a fait distribuer aux journalistes une petite carte illustrée d’une photo poignante prise en 1945 après l’explosion de la bombe atomique à Nagasaki montrant un enfant japonais portant sur le dos son petit frère mort.

Au dos de la carte, déjà diffusée par le bureau de presse du Vatican fin 2017, quatre mots écrits de la main du pape: « Le fruit de la guerre ».

Soutenir les peuples indigènes

Au moment de survoler son Argentine natale, il a demandé à ses concitoyens de « prier pour lui » sans annoncer une éventuelle future visite, comme beaucoup l’attendaient. Depuis le début de son pontificat il y a près de cinq ans, il ne s’est pas encore rendu dans son pays.

En Amérique latine, le premier pape originaire de la région vient soutenir les peuples indigènes et revigorer des Eglises locales secouées par des scandales et concurrencées par les cultes évangéliques.

Il rencontrera aussi les autorités gouvernementales de deux pays en pleines turbulences politiques.

Le Chili est en transition, après la victoire à la présidentielle de décembre du milliardaire conservateur Sebastian Piñera, suscitant des interrogations sur les réformes sociétales de la socialiste Bachelet, dont l’avortement thérapeutique.

Le Pérou s’enfonce lui dans une profonde crise, depuis la grâce controversée accordée à Noël par le chef de l’État Pedro Pablo Kuczynski à l’ex-président Alberto Fujimori, condamné pour crimes contre l’humanité.

Mais les temps forts du 22e voyage de son pontificat – du 15 au 18 janvier au Chili, puis du 18 au 21 janvier au Pérou – seront indubitablement ses rencontres avec des peuples indigènes, avec qui il déjeunera en petit comité dans les deux pays.

Des églises attaquées

A Temuco, dans le sud du Chili, il s’adressera aux indigènes Mapuche (7% de la population), qui occupaient un vaste territoire à l’arrivée des conquistadors espagnols en 1541. Cette région, Auracania, est rythmée par des actions d’une minorité radicalisée, qui incendie des entreprises forestières mais aussi des églises. Le pape n’y est donc pas le bienvenu pour tous.

Autre source d’inquiétude pour les services de sécurité, une série d’attaques ont visé durant le week-end cinq églises de Santiago, l’oeuvre possible de groupes anarchistes.

A Puerto Maldonado, au cœur de l’Amazonie péruvienne, il sera accueilli par quelque 3.500 indigènes, dont certains de Bolivie et du Brésil.

Preuve de l’intérêt qu’il porte aux menaces environnementales pesant sur ce poumon vert et ses habitants, le pape a convoqué pour 2019 un synode consacré aux peuples d’Amazonie.

Selon la base de données de l’ONG américaine Bishop Accountability, des dénonciations pour abus sexuels ont concerné près de 80 religieux au Chili, où le pourcentage d’athées est passé de 12% à 22% entre 2006 et 2014.

Des militants de plusieurs pays, de la France aux Etats-Unis en passant par l’Allemagne, ont lancé lundi à Santiago une organisation mondiale contre la pédophilie au sein de l’Eglise (« Ending Clerical Abuse » – ECA) et demandé au pape des « actions » concrètes.

Des petits groupes ont manifesté près de l’ambassade argentine pour rejeter la présence du pape et d’autres rassemblements étaient prévus contre les abus sexuels dans l’Eglise.

Le Vatican a annoncé mercredi avoir mis sous tutelle un mouvement catholique péruvien, Sodalitium Christianae Vitae, dont le fondateur Luis Fernando Figari, réfugié à Rome, est au coeur d’une enquête pour pédophilie.

Ce voyage tambour battant, avec plus de 30.000 km parcourus, sera aussi une machine à remonter le temps pour Jorge Bergoglio, 81 ans, qui étudia au Chili lors de son noviciat jésuite et retrouvera l’un de ses anciens camarades.

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