26 septembre 2020

Marine Le Pen assume une « continuité » avec le général de Gaulle malgré l’Histoire

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Alors que son parti l’a historiquement combattu, Marine Le Pen assume aujourd’hui une « continuité » avec le général de Gaulle, qui lui permet à la fois de poursuivre son travail de dédiabolisation du RN et de souligner son opposition à Emmanuel Macron.

Dans un long article révélé par l’AFP et paru lundi dans la Revue politique et parlementaire, la présidente du Rassemblement national juge « urgent » de s' »inspirer » du célèbre général dans la crise sanitaire actuelle.

Elle assure même au Parisien que le RN est « la continuité » des idées du général alors qu’Emmanuel Macron en est « l’antithèse ». Et jeudi, elle a annoncé qu’elle allait commémorer sur l’île de Sein les 80 ans de l’appel du 18 juin. Plus d’une centaine de Sénans avaient rejoint par bateau la Grande-Bretagne pour former les premières unités des Forces navales libres.

Ce n’est pas la première fois que Marine Le Pen affiche sa « proximité » avec de Gaulle depuis son arrivée à la tête du FN (devenu RN) en 2011. Elle l’évoquait déjà au sein du mouvement Génération Le Pen, qui voulait « dédiaboliser » le parti des accusations de racisme et d’antisémitisme.

Le général de Gaulle a pourtant longtemps été détesté dans le parti, fondé en 1972 notamment par d’anciens collaborateurs et d’anciens partisans de l’Algérie française.

« Souffrance »

Le conseiller de Marine Le Pen, Philippe Olivier, reconnaît qu’il y a eu dans le parti « un fort courant anti-gaulliste ». « Mais cette génération est partie maintenant » et « le temps a effacé les passions », soutient-il.

« Dire de Gaulle, c’est dire que nous n’avons rien à voir ni avec Vichy ni avec l’OAS » et « ça permet de réécrire l’histoire », explique Nicolas Lebourg, coordinateur de la Chaire citoyenneté à Sciences-Po Saint-Germain-en-Laye et spécialiste de l’extrême droite.

La référence à de Gaulle permet à tout le moins à Marine Le Pen de rompre avec son père et ancien président du FN Jean-Marie Le Pen, qui écrit dans ses Mémoires que le maréchal Pétain « n’a pas failli à l’honneur en signant l’armistice » en 1940 et que le général de Gaulle « reste une horrible source de souffrance pour la France ».

En 2018, le co-fondateur du FN avait même raconté comment il avait tenté en 1963 de faire évader Jean Bastien-Thiry, condamné à mort pour sa participation à l’attentat du Petit-Clamart contre le général de Gaulle.

A ses électeurs notamment pieds-noirs, Marine Le Pen dit garder « une vision critique » sur la « manière dont l’indépendance de l’Algérie s’est déroulée », sans y voir de « contradiction ».

« Récupération »

En opposant de Gaulle qui est à ses yeux « de France » à Emmanuel Macron qui « n’est pas du pays » mais « d’une classe économique, de la finance, d’une caste », et en citant leurs différences, Marine Le Pen souligne aussi le fossé qui, selon elle, la sépare de son adversaire qu’elle compte retrouver au second tour de la présidentielle en 2022.

Dans la crise sanitaire, qui a mis en lumière la dépendance économique de la France à la Chine, la référence à la « souveraineté » gaulliste redonne également du poids à « l’Etat stratège » défendu par Marine Le Pen et à une économie moins libérale. « De Gaulle donne un bon habillage à un libéralisme un peu dirigé », résume M. Lebourg.

Mais « le gaullisme n’est pas réductible à la souveraineté », note le politologue Jean-Yves Camus.

« Le patriote de Gaulle ne s’est jamais comporté en nationaliste », « une France enfermée dans sa seule souveraineté nationale ne correspondait pas à sa vision du monde », abonde le président de l’Amicale des députés et anciens députés gaullistes, Stéphane Viry.

Il note que de Gaulle était partisan du mode de scrutin majoritaire, alors que le RN veut un scrutin proportionnel. « La situation politique de l’époque était très différente », répond Marine Le Pen, certaine que le général soutiendrait aujourd’hui la proportionnelle.

Stéphane Viry voit surtout chez la dirigeante d’extrême droite « une tentative grossière de récupération » en vue de la présidentielle.

Pour le secrétaire général de LR, parti des héritiers du gaullisme, Aurélien Pradié, « il est temps qu’on se réapproprie notre héritage historique et qu’on ne se le laisse pas voler par des vautours politiques qui n’ont aucun scrupule à ce sujet ».

Le général de Gaulle « se retournerait dans sa tombe en entendant » Marine Le Pen, estime le patron du parti présidentiel LREM, Stanislas Guerini.
(AFP)

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