{"id":7103,"date":"2020-05-18T02:50:18","date_gmt":"2020-05-18T00:50:18","guid":{"rendered":"https:\/\/www.culturalusa.com\/news\/?p=7103"},"modified":"2020-09-24T14:48:34","modified_gmt":"2020-09-24T12:48:34","slug":"les-francais-mangent-moins-de-frites-les-producteurs-croulent-sous-leurs-stocks","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.culturalusa.com\/news\/economie\/les-francais-mangent-moins-de-frites-les-producteurs-croulent-sous-leurs-stocks\/","title":{"rendered":"Les Fran\u00e7ais mangent moins de frites, les producteurs croulent sous leurs stocks"},"content":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0A cette \u00e9poque-ci, normalement, je n&rsquo;ai plus rien\u00a0\u00bb, souffle Christophe Delebarre, <strong>producteur de pommes de terre<\/strong> dans le Pas-de-Calais, devant les 150 tonnes d&rsquo;invendus dans son hangar. Depuis la fermeture des restaurants pour lutter contre le coronavirus, la consommation de frites a chut\u00e9 en France et les agriculteurs peinent \u00e0 \u00e9couler leurs stocks.<\/p>\n<p>Vendredi, 17H00. Des particuliers affluent dans la ferme d&rsquo;Emmanuel Leclercq \u00e0 Comines (Nord), \u00e0 la fronti\u00e8re belge, pour acheter des kilos de patates \u00e0 21 ou 40 centimes.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Pour \u00e9couler notre production, on nous conseille de les donner \u00e0 manger aux animaux, mais je ne plante pas des pommes de terre pour les b\u00eates !\u00a0\u00bb, s&rsquo;agace l&rsquo;agriculteur. Alors, depuis le 1er mai, il a mis en place un drive.<\/p>\n<p>Fournisseur d&rsquo;entreprises belges, il r\u00e9sume la situation: \u00ab\u00a0Nos contrats avec les industriels ont \u00e9t\u00e9 honor\u00e9s. Sauf que chaque ann\u00e9e, nous avons un surplus de production, d&rsquo;environ 20 %, qui d&rsquo;habitude trouve aussi preneur aupr\u00e8s de l&rsquo;industrie. Mais cette ann\u00e9e, faute de vente de frites, les industriels n&rsquo;ont pas de d\u00e9bouch\u00e9s et n&rsquo;ach\u00e8teront donc pas ce surplus. On se retrouve alors avec des tonnes de pommes de terre sur les bras et personne n&rsquo;a de solution\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Depuis l&rsquo;ouverture de son drive, M. Leclercq a \u00e9coul\u00e9 \u00ab\u00a0une petite dizaine de tonnes\u00a0\u00bb, mais il lui en reste encore 150. \u00ab\u00a0On ne pourra jamais \u00e9couler des gros tonnages aux particuliers, mais c&rsquo;est mieux que rien\u00a0\u00bb, relativise-t-il.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La commercialisation par les producteurs directement aux particuliers pourrait permettre d&rsquo;\u00e9couler m\u00eame pas 5 % des stocks, le fond du probl\u00e8me reste\u00a0\u00bb, d\u00e9plore Bertrand Achte, secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de l&rsquo;Union nationale des producteurs de pommes de terre et pr\u00e9sident du Groupement des producteurs livrant McCain (Gappi).<\/p>\n<p><strong>\u00ab\u00a0200 millions d&rsquo;euros de pertes\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<p>Dans les usines McCain, leader europ\u00e9en de la frite surgel\u00e9e, les lignes destin\u00e9es \u00e0 la frite sont quasiment toutes \u00e0 l&rsquo;arr\u00eat &#8211; \u00ab\u00a0une ligne continue de tourner \u00e0 Harnes (Pas-de-Calais) pour alimenter les grandes surfaces\u00a0\u00bb, explique Christian Vanderheyden, directeur des approvisionnements.<\/p>\n<p>L&rsquo;entreprise travaille avec 990 producteurs en France, dont plus de 700 dans les Hauts-de-France, premi\u00e8re r\u00e9gion productrice. Chaque ann\u00e9e, elle leur ach\u00e8te 950.000 tonnes de pommes de terre, contre 100.000 de moins cette ann\u00e9e, selon M. Achte.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0D\u00e8s que la restauration hors foyer, qui repr\u00e9sente pour nous 70 % de nos activit\u00e9s, s&rsquo;est arr\u00eat\u00e9e, les ventes se sont effondr\u00e9es\u00a0\u00bb, relate M. Vanderheyden, \u00e9galement pr\u00e9sident du Groupement interprofessionnel pour la valorisation de la pomme de terre (GIPT). Certes, \u00ab\u00a0les ventes en supermarch\u00e9 ont augment\u00e9, mais \u00e7a n&rsquo;a pas compens\u00e9 le reste\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les frites se mangent essentiellement hors foyer, beaucoup de familles aujourd&rsquo;hui n&rsquo;ont m\u00eame plus de friteuses !\u00a0\u00bb, ajoute Bertrand Achte, qui estime \u00e0 200 millions d&rsquo;euros les pertes pour la fili\u00e8re.<\/p>\n<p><strong>\u00ab\u00a0Revendues pour z\u00e9ro euro\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<p>Selon M. Vanderheyden, 450.000 tonnes de pommes de terre qui auraient d\u00fb \u00eatre transform\u00e9es ne le seront pas cette ann\u00e9e. Parmi lesquelles, 200.000 \u00e9taient destin\u00e9es aux industries fran\u00e7aises, dont McCain pour plus de la moiti\u00e9.<\/p>\n<p>Alors, m\u00eame l&rsquo;industrie doit trouver des solutions pour \u00e9couler la marchandise achet\u00e9e aux agriculteurs. \u00ab\u00a0On a d\u00e9j\u00e0 revendu 60.000 tonnes pour l&rsquo;alimentation du b\u00e9tail, mais c&rsquo;est \u00e0 perte: les contrats avec les agriculteurs sont sur une base de 150 euros la tonne et l\u00e0, on revend \u00e0 z\u00e9ro euro&#8230; en plus on doit prendre en charge le transport\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Pour Bertrand Achte, \u00ab\u00a0si on ne veut pas voir pourrir les pommes de terre\u00a0\u00bb, l&rsquo;\u00c9tat doit mettre 35 millions d&rsquo;euros sur la table pour payer notamment le transport des invendus vers la fili\u00e8re animale et la m\u00e9thanisation.<\/p>\n<p>D&rsquo;autant que les producteurs enregistrent aussi des co\u00fbts inhabituels de stockage. \u00ab\u00a0On consomme notamment plus d&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9 pour que les pommes de terre restent marchandes\u00a0\u00bb, dit M. Delebarre producteur \u00e0 Richebourg (Pas-de-Calais) qui estime ses pertes pour l&rsquo;ann\u00e9e entre \u00ab\u00a025.000 et 30.000 euros\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Pour s&rsquo;adapter au march\u00e9, l&rsquo;agriculteur a d\u00e9j\u00e0 remplac\u00e9 10 % de ses plantations de pommes de terre par du ma\u00efs pour la saison prochaine. (AFP)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0A cette \u00e9poque-ci, normalement, je n&rsquo;ai plus rien\u00a0\u00bb, souffle Christophe Delebarre, producteur de pommes de terre dans le Pas-de-Calais, devant les 150 tonnes d&rsquo;invendus dans son hangar. Depuis la fermeture des restaurants pour lutter contre le coronavirus, la consommation de frites a chut\u00e9 en France et les agriculteurs peinent \u00e0 \u00e9couler leurs stocks. Vendredi, 17H00. 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