{"id":9793,"date":"2021-06-07T12:34:18","date_gmt":"2021-06-07T10:34:18","guid":{"rendered":"https:\/\/www.culturalusa.com\/news\/?p=9793"},"modified":"2021-06-07T13:16:05","modified_gmt":"2021-06-07T11:16:05","slug":"medecins-sans-frontieres-cinquante-ans-durgences-de-revoltes-et-de-reves","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.culturalusa.com\/news\/technologie\/medecins-sans-frontieres-cinquante-ans-durgences-de-revoltes-et-de-reves\/","title":{"rendered":"M\u00e9decins sans fronti\u00e8res, cinquante ans d&rsquo;urgences, de r\u00e9voltes et de r\u00eaves"},"content":{"rendered":"<p><strong>Ils avaient 30 ans et des r\u00eaves plein la t\u00eate, avec l&rsquo;ambition de soigner le monde<\/strong>. Dans le tourbillon qui suit le mouvement \u00e9tudiant de mai 1968 en France, une petite bande de m\u00e9decins tout juste sortis de leur fac d\u00e9couvre les horreurs de la guerre civile au Biafra.<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0Ce fut un choc\u00a0\u00bb, raconte Bernard Kouchner. \u00ab\u00a0Les bless\u00e9s arrivaient le soir dans notre h\u00f4pital quand s&rsquo;arr\u00eataient les bombardements. On op\u00e9rait \u00e0 la cha\u00eene la nuit, en faisant le tri entre ceux que l&rsquo;on pouvait sauver et ceux qui allaient mourir. Je n&rsquo;ai jamais oubli\u00e9&#8230;\u00a0\u00bb<\/p><\/blockquote>\n<h2>M\u00e9decins sans fronti\u00e8res (MSF) na\u00eet en 1971 de cette \u00e9preuve et de la volont\u00e9 d&rsquo;une poign\u00e9e de jeunes id\u00e9alistes comme lui, qui d\u00e9cident de se porter au secours des populations vuln\u00e9rables partout sur la plan\u00e8te. Ils inventent l&rsquo;urgence humanitaire.<\/h2>\n<p>Leur \u00e9pop\u00e9e s&rsquo;\u00e9crit depuis au gr\u00e9 des tremblements de terre, des famines, des \u00e9pid\u00e9mies ou des conflits qui d\u00e9figurent la plan\u00e8te.<\/p>\n<p>Cinquante ans de missions et de r\u00e9voltes, r\u00e9compens\u00e9s d&rsquo;un prix Nobel en 1999 et scand\u00e9s de ruptures et de pol\u00e9miques qui font aujourd&rsquo;hui de MSF une institution aussi inclassable qu&rsquo;incontournable. Et une fantastique aventure humaine.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0D&rsquo;un r\u00eave, nous avons fait une \u00e9pop\u00e9e\u00a0\u00bb, s&rsquo;\u00e9merveille encore \u00e0 83 ans Xavier Emmanuelli, un des grands anciens de l&rsquo;ONG. \u00ab\u00a0J&rsquo;ai vu se transformer un tout petit groupe de types qui se la p\u00e9taient un peu mais g\u00e9niaux en quelque chose de reconnu dans le monde entier.\u00a0\u00bb<\/p>\n<h3>Chaos biafrais<\/h3>\n<p>Le r\u00eave a d\u00e9but\u00e9 par un cauchemar.<\/p>\n<p>En 1968, les combats font rage au Biafra entre les rebelles s\u00e9cessionnistes de cette province nig\u00e9riane et l&rsquo;arm\u00e9e gouvernementale. Les bombes tuent les civils, le blocus des autorit\u00e9s les affame.<\/p>\n<p>A Paris, quelques m\u00e9decins ont r\u00e9pondu \u00e0 un appel \u00e0 l&rsquo;aide du Comit\u00e9 international de la Croix-Rouge (CICR). Parmi eux Bernard Kouchner, ancien chef de l&rsquo;Union des \u00e9tudiants communistes, et Max R\u00e9camier, un catholique tiers-mondiste.<\/p>\n<p>Sur place, ils sont plong\u00e9s dans l&rsquo;enfer des combats et d&rsquo;une famine qui tue hommes, femmes et enfants par centaines de milliers.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les enfants mouraient en masse parce que l&rsquo;arm\u00e9e bloquait tout ravitaillement\u00a0\u00bb, se souvient le Dr Kouchner, 81 ans. \u00ab\u00a0D\u00e9noncer cette situation \u00e9tait de notre devoir de m\u00e9decins.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Avec son confr\u00e8re R\u00e9camier, l&rsquo;ancien ministre d\u00e9cide de d\u00e9chirer le contrat de silence sign\u00e9 avec le CICR et d&rsquo;exposer la r\u00e9alit\u00e9 du conflit. \u00ab\u00a0Biafra: deux m\u00e9decins t\u00e9moignent\u00a0\u00bb, titre le quotidien fran\u00e7ais le Monde en novembre 1968. La presse internationale se mobilise et les images d&rsquo;enfants noirs mourant de faim envahissent les petits \u00e9crans.<\/p>\n<h3>Soigner et t\u00e9moigner: l&rsquo;humanitaire moderne est n\u00e9.<\/h3>\n<p>MSF est cr\u00e9\u00e9e trois ans plus tard, en d\u00e9cembre 1971. \u00ab\u00a0On a trouv\u00e9 le nom un soir de cr\u00e9ation o\u00f9 on fumait et on picolait\u00a0\u00bb, se souvient Xavier Emmanuelli, alors m\u00e9decin dans la marine marchande. \u00ab\u00a0J&rsquo;ai dit +il faut absolument M\u00e9decins dedans+. Et puis on a ajout\u00e9 sans fronti\u00e8res. Parce qu&rsquo;on \u00e9tait des saute-fronti\u00e8res.\u00a0\u00bb<br \/>\n<img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.culturalusa.com\/news\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/Medecins-sans-frontieres-2.png\" alt=\"\" width=\"100%\" class=\"aligncenter\" \/><br \/>\nLes d\u00e9buts de l&rsquo;association sont difficiles.<\/p>\n<p>Faute de moyens, la jeune ONG sert d&rsquo;abord de r\u00e9servoir de bonnes volont\u00e9s. Une campagne de pub en 1977 installe son nom. \u00ab\u00a0On a grandi avec les m\u00e9dias et la t\u00e9l\u00e9vision\u00a0\u00bb, r\u00e9sume Xavier Emmanuelli. Mais sur le terrain, les premi\u00e8res missions riment avec gal\u00e8res.<\/p>\n<p>Lorsqu&rsquo;il d\u00e9barque plein d&rsquo;enthousiasme en 1975 en Tha\u00eflande dans les camps des victimes du r\u00e9gime cambodgien des Khmers rouges, le jeune Dr Claude Malhuret d\u00e9chante vite.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0C&rsquo;\u00e9tait terrible. On n&rsquo;avait rien\u00a0\u00bb. Il lui faut se d\u00e9brouiller pour tout. Pour r\u00e9cup\u00e9rer du mat\u00e9riel, pour installer le camp, pour avoir des m\u00e9dicaments, m\u00eame pour manger.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Quand je suis rentr\u00e9 \u00e0 Paris, j&rsquo;ai vid\u00e9 mon sac. Je les ai trait\u00e9s d&rsquo;assassins, nous envoyer en mission comme \u00e7a, sans rien&#8230;\u00a0\u00bb, raconte le s\u00e9nateur de 71 ans. \u00ab\u00a0C&rsquo;\u00e9tait excessif, mais \u00e7a a secou\u00e9 tout le monde. On ne pouvait pas continuer \u00e0 bricoler.\u00a0\u00bb<\/p>\n<h3>Quatre d\u00e9cennies apr\u00e8s, les cicatrices du \u00ab\u00a0schisme\u00a0\u00bb<\/h3>\n<p>Le torchon br\u00fble au sommet de MSF depuis un peu de temps d\u00e9j\u00e0. Les \u00ab\u00a0Biafrais\u00a0\u00bb souhaitent rester une petite \u00e9quipe de copains sur le mode \u00ab\u00a0commando\u00a0\u00bb et s&rsquo;accrochent aux \u00ab\u00a0nouveaux\u00a0\u00bb, d\u00e9termin\u00e9s \u00e0 grandir.<\/p>\n<p>Le \u00ab\u00a0bateau pour le Vietnam\u00a0\u00bb, en 1979, va les f\u00e2cher \u00e0 vie. Alors pr\u00e9sident de MSF, Bernard Kouchner mobilise le tout-Paris intellectuel &#8211; les philosophes Raymond Aron et Jean-Paul Sartre en t\u00eate &#8211; pour affr\u00e9ter un bateau charg\u00e9 de r\u00e9cup\u00e9rer en mer de Chine les r\u00e9fugi\u00e9s qui fuient la dictature communiste de Hano\u00ef.<\/p>\n<p>Les \u00ab\u00a0nouveaux\u00a0\u00bb de MSF s&rsquo;agacent de cet activisme mondain et, lors d&rsquo;une AG, le mettent en minorit\u00e9. Bernard Kouchner claque la porte et s&rsquo;en va cr\u00e9er M\u00e9decins du monde (MDM).<\/p>\n<p>Quatre d\u00e9cennies apr\u00e8s, les cicatrices du \u00ab\u00a0schisme\u00a0\u00bb saignent toujours.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Une triste querelle de pouvoir\u00a0\u00bb, fulmine encore l&rsquo;ex-ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res (2007-2010). \u00ab\u00a0Je leur en ai beaucoup voulu.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Il avait tous les culots et surtout envie de devenir quelqu&rsquo;un\u00a0\u00bb, le griffe Xavier Emmanuelli, ex-secr\u00e9taire d&rsquo;Etat \u00e0 l&rsquo;action humanitaire. \u00ab\u00a0Il nous a servi, au d\u00e9but. Le petit prince des m\u00e9dias. Mais MSF fa\u00e7on Kouchner, c&rsquo;\u00e9tait devenu du baratin.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Eux, les anciens, partaient sur place pour sonner l&rsquo;alerte en esp\u00e9rant que les autres allaient suivre\u00a0\u00bb, note aussi Rony Brauman, \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque jeune m\u00e9decin tendance \u00ab\u00a0Mao\u00a0\u00bb de l&rsquo;ONG. \u00ab\u00a0Nous, la jeune g\u00e9n\u00e9ration, nous voulions une action s\u00e9rieuse, des moyens et des r\u00e9sultats.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>MSF entre alors dans l&rsquo;\u00e8re de la professionnalisation.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Pour grandir, il nous fallait de l&rsquo;argent. Je suis parti aux Etats-Unis apprendre le +fundraising+\u00a0\u00bb, se souvient Claude Malhuret. \u00ab\u00a0Comme on \u00e9tait les premiers \u00e0 le faire en France, on a rafl\u00e9 la mise.\u00a0\u00bb<\/p>\n<h3>\u00ab\u00a0French Doctors\u00a0\u00bb<\/h3>\n<p>Riche de l&rsquo;ind\u00e9pendance que lui offre ce financement priv\u00e9, MSF n&rsquo;h\u00e9site plus \u00e0 t\u00e9moigner.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Leur mod\u00e8le s&rsquo;est d\u00e9velopp\u00e9 contre le principe de respect de la souverainet\u00e9 des Etats d\u00e9fendu par le CICR\u00a0\u00bb, analyse l&rsquo;avocat Philippe Ryfman, sp\u00e9cialiste de l&rsquo;humanitaire, \u00ab\u00a0ils prennent la parole pour mobiliser l&rsquo;opinion publique et d\u00e9noncer les exactions\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Au nom des droits de l&rsquo;Homme, les \u00ab\u00a0gauchos\u00a0\u00bb repentis de MSF d\u00e9noncent les exactions des r\u00e9gimes communistes au Cambodge.<\/p>\n<p>Leurs missions clandestines aupr\u00e8s des populations d&rsquo;Afghanistan et des rebelles en guerre contre l&rsquo;occupant sovi\u00e9tique font une r\u00e9putation mondiale aux \u00ab\u00a0French Doctors\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Nous \u00e9tions les seuls \u00e0 voir les effets de la guerre\u00a0\u00bb, plaide Juliette Fournot, la grande ordonnatrice des missions afghanes de l&rsquo;ONG jusqu&rsquo;en 1989. Tous les jours ils amputent les enfants, soignent les agriculteurs br\u00fbl\u00e9s au napalm. \u00ab\u00a0T\u00e9moigner a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s important, aujourd&rsquo;hui encore, les Afghans se souviennent de nous.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>En 1985, c&rsquo;est en Ethiopie que l&rsquo;ONG jette un pav\u00e9 dans la mare. \u00ab\u00a0Nos centres de distribution alimentaire \u00e9taient devenus un pi\u00e8ge\u00a0\u00bb, se rappelle le Dr Brigitte Vasset, \u00ab\u00a0ils servaient aux autorit\u00e9s \u00e0 fixer les r\u00e9fugi\u00e9s pour les transf\u00e9rer de force vers le sud et d\u00e9peupler les zones rebelles\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Fallait-il se taire ou parler ? Devant la presse, Rony Brauman d\u00e9cide de d\u00e9noncer le gouvernement d&rsquo;Addis Abeba. MSF est expuls\u00e9e.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0L&rsquo;aide \u00e9tait devenue un instrument entre les mains d&rsquo;un r\u00e9gime criminel dont nous ne voulions pas \u00eatre complices\u00a0\u00bb, justifie-t-il aujourd&rsquo;hui. \u00ab\u00a0Mais dire que l&rsquo;argent qu&rsquo;on envoyait aux affam\u00e9s servait \u00e0 les tuer (&#8230;) nous a valu \u00e9norm\u00e9ment de critiques.\u00a0\u00bb<\/p>\n<h3>Droit d&rsquo;ing\u00e9rence<\/h3>\n<p>Au risque de para\u00eetre arrogant, MSF continue \u00e0 faire entendre sa voix et \u00e0 pointer du doigt toutes les r\u00e9cup\u00e9rations de l&rsquo;humanitaire.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la premi\u00e8re guerre du Golfe, les Kurdes d&rsquo;Irak sont \u00e9cras\u00e9s par le r\u00e9gime de Saddam Hussein. MSF leur vient en aide et crie au massacre. En 1991, le Conseil de s\u00e9curit\u00e9 de l&rsquo;ONU autorise une op\u00e9ration militaire occidentale pour venir en aide aux d\u00e9plac\u00e9s et les prot\u00e9ger de leur gouvernement. Une premi\u00e8re.<\/p>\n<p>Alors secr\u00e9taire d&rsquo;Etat, Bernard Kouchner salue les d\u00e9buts d&rsquo;un \u00ab\u00a0droit d&rsquo;ing\u00e9rence humanitaire\u00a0\u00bb. MSF se distingue en critiquant le m\u00e9lange des genres entre humanitaires et militaires.<\/p>\n<p>La controverse se prolonge un an plus tard en Somalie, en proie \u00e0 la guerre civile et la famine. Sous mandat de l&rsquo;ONU, les troupes am\u00e9ricaines et les Casques bleus d\u00e9barquent \u00e0 Mogadiscio pour assurer la s\u00e9curit\u00e9 des distributions alimentaires.<\/p>\n<p>Bernard Kouchner y participe, sac de riz sur l&rsquo;\u00e9paule. Rony Brauman le raille et souligne alors le \u00ab\u00a0pi\u00e8ge\u00a0\u00bb d&rsquo;une op\u00e9ration o\u00f9 des soldats \u00ab\u00a0tuent sous la banni\u00e8re de l&rsquo;humanitaire\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Parfois pourtant, MSF en appelle aux armes. En 1992 pour mettre fin aux exactions des miliciens serbes de Bosnie. Et deux ans plus tard, pour faire cesser le g\u00e9nocide des Tutsi au Rwanda.<\/p>\n<p>Quand il arrive \u00e0 Kigali en avril 1994, Jean-Herv\u00e9 Bradol est vite d\u00e9bord\u00e9 par l&rsquo;ampleur des massacres.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0J&rsquo;accompagnais les convois de la Croix-Rouge rwandaise qui ramenaient les bless\u00e9s (&#8230;) Les Tutsi \u00e9taient achev\u00e9s aux barrages des miliciens. On arrivait \u00e0 n\u00e9gocier pour faire passer des femmes et des enfants, \u00e0 condition de partir tr\u00e8s t\u00f4t le matin quand les miliciens \u00e9taient encore endormis et d\u00e9fonc\u00e9s.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Tout s&rsquo;est jou\u00e9 tr\u00e8s vite \u00e0 Kigali\u00a0\u00bb, poursuit-il. \u00ab\u00a0On a fini par acheter un espace publicitaire dans le Monde pour dire qu&rsquo;on n&rsquo;arr\u00eate pas un g\u00e9nocide avec des m\u00e9decins et qu&rsquo;il faut une intervention militaire internationale. On n&rsquo;avait jamais fait \u00e7a.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La d\u00e9nonciation de la situation dans les camps de r\u00e9fugi\u00e9s rwandais au Za\u00efre voisin puis des exactions des nouveaux ma\u00eetres de Kigali vaudront jusqu&rsquo;en 1997 \u00e0 MSF les critiques de l&rsquo;ONU et d&rsquo;autres ONG.<\/p>\n<h3>Prix Nobel<\/h3>\n<p>La cons\u00e9cration vient avec le prix Nobel de la Paix, en 1999, qui r\u00e9compense \u00ab\u00a0une ONG (qui) tend la main \u00e0 travers les fronti\u00e8res, les conflits et le chaos politique\u00a0\u00bb. Son prix sert \u00e0 financer une campagne d&rsquo;acc\u00e8s aux traitements des maladies tropicales ou du sida, un de ses nouveaux champs d&rsquo;action.<\/p>\n<p>Aujourd&rsquo;hui, la petite association est devenu un g\u00e9ant. Sous le chapeau de MSF-International, les 25 sections nationales emploient 61.000 personnes, dont 41.000 d\u00e9ploy\u00e9es sur le terrain d&rsquo;une centaine d&rsquo;op\u00e9rations dans pr\u00e8s de 75 pays.<\/p>\n<p>Avec un budget annuel mondial de 1,6 milliard d&rsquo;euros &#8211; \u00e0 99 % issu de dons priv\u00e9s &#8211; MSF agit sur tous les fronts.<\/p>\n<p>De la lutte contre le virus Ebola en Afrique \u00e0 l&rsquo;aide aux d\u00e9plac\u00e9s par la guerre civile au Y\u00e9men, en passant par le sauvetage des migrants en M\u00e9diterran\u00e9e et la lutte contre le sida en Malaisie.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Bien qu&rsquo;organisation priv\u00e9e, MSF est devenu le num\u00e9ro 1 incontest\u00e9 de l&rsquo;urgence m\u00e9dicale dans le monde\u00a0\u00bb, constate Philippe Ryfman.<\/p>\n<p>La parole de l&rsquo;ONG d\u00e9tonne encore. Comme en 2004, o\u00f9 MSF refuse de se joindre \u00e0 une campagne internationale qui d\u00e9nonce, selon elle de fa\u00e7on outranci\u00e8re, le \u00ab\u00a0g\u00e9nocide\u00a0\u00bb des populations de la province soudanaise du Darfour d\u00e9plac\u00e9es par la guerre civile.<\/p>\n<p>Ou en 2005, quand elle suspend rapidement sa collecte de dons pour les rescap\u00e9s du tsunami qui a lessiv\u00e9 l&rsquo;Asie du Sud-Est, estimant que l&rsquo;urgence est pass\u00e9e.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Ils ont r\u00e9agi en urgentistes. Mais il y avait encore plein de choses \u00e0 faire sur place, le grand public ne les a pas compris\u00a0\u00bb, \u00e9corche Beno\u00eet Miribel, ex-directeur d&rsquo;Action contre la faim (ACF).<\/p>\n<h3>La croissance de l&rsquo;ONG suscite pourtant des inqui\u00e9tudes, jusque dans ses propres rangs.<\/h3>\n<p>\u00ab\u00a0On est devenu une grosse machine bureaucratique, avec des d\u00e9partements de soutien qui mettent la pression sur les gens de terrain pour avoir des rapports et des tableaux Excel\u00a0\u00bb, regrette le pr\u00e9sident de la section France, Mego Terzian.<\/p>\n<p>Le Franco-Libanais ne cache pas regretter la rusticit\u00e9 de ses premi\u00e8res missions. \u00ab\u00a0On savait ce qu&rsquo;on avait plus ou moins dans le budget et on se d\u00e9brouillait. Aujourd&rsquo;hui, la moindre demande de cash doit \u00eatre sign\u00e9e dans le monde entier&#8230;\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La mondialisation du mouvement, justement, p\u00e8se aussi. \u00ab\u00a0Je ne me reconnais pas dans le c\u00f4t\u00e9 international de MSF\u00a0\u00bb, grommelle Rony Brauman, analyste et toujours membre de l&rsquo;ONG \u00e0 presque 71 ans. Nostalgique du \u00ab\u00a0c\u00f4t\u00e9 village d&rsquo;Ast\u00e9rix\u00a0\u00bb de sa section France, il regrette \u00ab\u00a0son poids qui diminue\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0MSF France n&rsquo;est plus enti\u00e8rement ma\u00eetre de ses d\u00e9cisions\u00a0\u00bb, abonde Brigitte Vasset, \u00ab\u00a0mais c&rsquo;est un mal n\u00e9cessaire car \u00e7a nous a donn\u00e9 des moyens \u00e9normes\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0MSF a beaucoup innov\u00e9 mais elle s&rsquo;est institutionnalis\u00e9e et vit un peu repli\u00e9e sur elle-m\u00eame\u00a0\u00bb, \u00e9pingle Jean-Christophe Rufin, qui en fut un vice-pr\u00e9sident.<\/p>\n<h3>La flamme MSF<\/h3>\n<p>\u00ab\u00a0Gr\u00e2ce \u00e0 ses fonds propres, l&rsquo;ONG sort du lot quand les autres sont devenues des bureaux de reporting pour l&rsquo;Union europ\u00e9enne qui les finance\u00a0\u00bb, analyse l&rsquo;\u00e9crivain-m\u00e9decin. Mais \u00ab\u00a0l&rsquo;\u00e9poque a chang\u00e9. Les priorit\u00e9s aussi. L&rsquo;humanitaire est domin\u00e9 aujourd&rsquo;hui par les urgences int\u00e9rieures, le terrorisme, les migrants, la pauvret\u00e9&#8230;\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Alors, quel avenir pour MSF, qui tient du 10 au 13 juin l&rsquo;assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale de ses 50 ans ? A l&rsquo;heure de cet anniversaire, les pratiques humanitaires changent.<\/p>\n<p>La demande d&rsquo;aide continue \u00e0 cro\u00eetre mais les acc\u00e8s aux populations continuent \u00e0 se n\u00e9gocier de haute lutte avec les autorit\u00e9s et la s\u00e9curit\u00e9 des personnels devient primordiale \u00e0 l&rsquo;heure du terrorisme jihadiste.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0De plus en plus de pays sont capables d&rsquo;organiser des secours de grande ampleur en cas de catastrophe naturelle\u00a0\u00bb, note Mego Terzian. \u00ab\u00a0MSF restera-t-il utile ? Peut-\u00eatre va-t-on \u00e9voluer en une fondation qui soutiendra des organisations autochtones ?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Sur le terrain en tout cas, la flamme des vocations br\u00fble toujours.<\/p>\n<p>Son internat \u00e0 peine boucl\u00e9, Fanny Taudi\u00e8re, 29 ans, a d\u00e9barqu\u00e9 en mars dans le sud de Madagascar en proie \u00e0 une famine dantesque.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Ici, je me sens utile\u00a0\u00bb, confie la jeune m\u00e9decin depuis son camp d&rsquo;Amboasary. \u00ab\u00a0\u00c7a donne un sens, une intensit\u00e9 \u00e0 la vie. Il y a des rencontres incroyables, une aventure chaque jour, m\u00eame si certains jours rien n&rsquo;est simple.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Rejoindre MSF s&rsquo;est impos\u00e9e pour elle comme une \u00e9vidence. \u00ab\u00a0Ils vont l\u00e0 o\u00f9 les autres ne vont pas, ils restent quand tout le monde part. Et puis ils sont libres de leurs actes et de leurs paroles.\u00a0\u00bb<br \/>\n<img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.culturalusa.com\/news\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/Medecins-sans-frontieres-3.png\" alt=\"\" width=\"100%\" class=\"aligncenter\" \/><a style=\"font-size:19px;\" href=\"https:\/\/www.msf.fr\/agir\/soutenir-nos-actions\/donner-msf\"><strong>Faire un Don &raquo;<\/strong><\/a><br \/>\nCinquante ans apr\u00e8s, un seul constat r\u00e9unit les fr\u00e8res ennemis de M\u00e9decins sans fronti\u00e8res: celui de sa r\u00e9ussite.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0C&rsquo;\u00e9tait une belle invention et elle n&rsquo;a pas trop mal march\u00e9\u00a0\u00bb, plastronne Bernard Kouchner. \u00ab\u00a0MSF a un peu esquint\u00e9 sa po\u00e9sie mais continue \u00e0 faire r\u00eaver\u00a0\u00bb, le rejoint Xavier Emmanuelli, \u00ab\u00a0c&rsquo;est le plus important\u00a0\u00bb. (AFP)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ils avaient 30 ans et des r\u00eaves plein la t\u00eate, avec l&rsquo;ambition de soigner le monde. Dans le tourbillon qui suit le mouvement \u00e9tudiant de mai 1968 en France, une petite bande de m\u00e9decins tout juste sortis de leur fac d\u00e9couvre les horreurs de la guerre civile au Biafra. \u00ab\u00a0Ce fut un choc\u00a0\u00bb, raconte Bernard [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":9794,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[6],"tags":[1892,1890,1891,1783],"class_list":["post-9793","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-technologie","tag-humanitaire","tag-medecins-sans-frontieres","tag-msf","tag-ong"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.culturalusa.com\/news\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9793","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.culturalusa.com\/news\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.culturalusa.com\/news\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.culturalusa.com\/news\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.culturalusa.com\/news\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9793"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.culturalusa.com\/news\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9793\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.culturalusa.com\/news\/wp-json\/wp\/v2\/media\/9794"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.culturalusa.com\/news\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9793"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.culturalusa.com\/news\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=9793"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.culturalusa.com\/news\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=9793"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}