• lun. Mar 4th, 2024

Climat : la COP28 appelle à recourir sérieusement au « captage de CO2 »

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Le chef du secteur pétrolier des Emirats arabes unis, qui préside cette année les discussions de l’ONU sur le climat, a appelé à miser « sérieusement » sur la technologie de captage du CO2 pour lutter contre le changement climatique, et pas seulement sur les énergies renouvelables.

Sultan al-Jaber, le PDG d’Adnoc (Abu Dhabi National Oil Company), la compagnie pétrolière nationale, a été désigné en janvier président de la COP28, la conférence de l’ONU sur le climat prévue cette année dans le riche Etat du Golfe, suscitant les critiques des défenseurs de l’environnement.

« Les énergies renouvelables ne sont pas et ne peuvent pas être la seule réponse », a déclaré le responsable émirati lors d’une conférence sur le climat et les technologies organisée à Abou Dhabi, la capitale.

« Si nous voulons vraiment réduire les émissions dans l’industrie, nous devons nous pencher sérieusement sur les technologies de captage du CO2 », a-t-il ajouté.

Les grands exportateurs de pétrole du Golfe, Arabie saoudite et Emirats arabes unis en tête, ne cessent d’appeler à miser davantage sur le captage et le stockage du dioxyde de carbone, le principal responsable du réchauffement de la planète.

Mais de nombreux experts estiment que cette technologie, encore naissante et très coûteuse, n’a pas fait ses preuves et qu’elle ne peut se substituer aux politiques environnementales visant à éliminer progressivement les hydrocarbures.

« Dans tout scénario réaliste nous permettant d’atteindre le niveau de zéro émissions nettes, la technologie de captage du CO2 aura un rôle à jouer », a estimé Sultan al-Jaber. « Sans elle, le calcul n’est tout simplement pas bon », a-t-il insisté.

 « Obstacle du coût »

Ce débat s’annonce comme l’un des principaux enjeux de la COP28, qui se tiendra en novembre et décembre à Dubaï, l’autre grande ville des Emirats, carrefour mondial de la consommation, de l’hyper-climatisation et des voitures de luxe.

« Nous devons éliminer progressivement les émissions », a assuré Sultan al-Jaber, réaffirmant toutefois sa position selon laquelle le pétrole reste indispensable à l’économie mondiale et pour financer la transition énergétique.

L’Union européenne a lancé cette année une série d’initiatives visant à réduire l’utilisation des hydrocarbures, notamment en interdisant la vente de nouvelles voitures fonctionnant aux combustibles fossiles à partir de 2035.

Elle a également décidé de doubler la production d’énergie renouvelable d’ici à 2030 et d’introduire une taxe carbone aux frontières sur ses importations.

En mars, le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (Giec) a prévenu que le réchauffement de la planète causé par l’activité humaine atteindrait 1,5°C par rapport à l’ère pré-industrielle dès les années 2030-2035.

Les presque 200 pays signataires de l’Accord de Paris s’étaient engagés en 2015 à réduire les émissions de gaz à effet de serre pour maintenir le réchauffement climatique « bien en-deçà » de +2°C, si possible +1,5°C.

Selon le rapport, l’investissement dans les énergies solaire et éolienne ne permettra pas d’atteindre cet objectif en raison des émissions des énergies fossiles, sauf en cas de recours massif au captage et au stockage de CO2.

Sultan al-Jaber a toutefois reconnu que le coût de cette technologie reste « un obstacle », appelant les gouvernements à encourager le secteur privé dans ce domaine.

 « Distraction »

Cette technologie capture le CO2 et le stocke sous terre, empêchant le carbone de pénétrer dans l’atmosphère.

En revanche, le captage direct depuis l’atmosphère, qui en est encore à ses balbutiements, élimine le CO2 directement de l’air ambiant, ce qui en fait une technologie à « émissions négatives ».

L’année dernière, Rex Weyler, figure emblématique de Greenpeace, a qualifié la technologie du captage d' »escroquerie ».

Julien Jreissati, directeur de programme à Greenpeace au Moyen-Orient en Afrique du Nord, en parle comme d’une forme de « distraction ».

Ces technologies « ne sont pas encore commercialement viables et n’ont pas fait leurs preuves à grande échelle malgré des années de développement et des milliards de dollars d’investissement », a-t-il affirmé à l’AFP.

Selon l’Agence internationale de l’énergie, il existe dans le monde environ 35 sites de stockage de dioxyde de carbone avec une capacité annuelle totale de captage de près de 45 millions de tonnes de CO2. Or les émissions actuelles s’élèvent à environ 40 milliards de tonnes. (AFP)

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