
Les éditorialistes qualifient de « roulage de biscoteaux » le duel à distance entre Nicolas Sarkozy et François Hollande, relevant qu’à une semaine du premier tour de la présidentielle, les deux favoris ont une nouvelle fois privilégié l’image au détriment du fond.
« Peu importent les chiffres », souligne Michel Urvoy (Ouest France), « l’objectif était avant tout de montrer ses muscles » tout en restant « dans le symbole, dans l’information fragmentée, dans l’omission ou la caricature… Comme si notre avenir n’était pas en question. »
« C’est le temps des démonstrations de force, du roulage de biscoteaux », s’agace Pascal Coquis (Les Dernières Nouvelles d’Alsace). Or « on sait bien que les participants à ces immenses meetings sont des militants venus par centaines de bus et de trains spéciaux spécialement affrétés par les partis » soit « une +claque+, comme on dit au théâtre. Mais ça n’a aucune importance. L’image toujours plus importante que le discours », déplore-t-il.
« Ça commence à faire un peu cour de récréation » avec « deux +matamores+ » qui « en font un peu trop », renchérit Michel Lépinay (Paris-Normandie) ».
Pour Patrick Fluckiger (L’Alsace), l’organisation de ces deux meetings géants à Paris « était un exercice imposé que ni Hollande ni Sarkozy n’avaient le droit de rater, mais qui ne rapportera sans doute de points à aucun des deux. »
Cependant, relève-t-il, « s’il faut établir un classement de la mobilisation militante pour cette présidentielle, le vainqueur » est sans conteste le candidat du Front de gauche Jean-Luc Mélenchon qui a réunit « des foules semblables à Paris, Toulouse et Marseille, alors qu’il ne « dispose pas du budget et de la logistique des deux candidats poids lourds ».
Le Figaro (Paul-Henri du Limbert), défend sans surprise la prestation dominicale de Nicolas Sarkozy, qui aurait choisi « d’affronter le monde tel qu’il est devenu » tandis que le candidat socialiste incarnerait « un monde qui n’existe plus ».
Mais la majorité des éditorialistes soulignent que le meeting parisien est loin d’avoir dissipé les doutes à droite.
« La magie Sarkozy n’opérant plus, la crainte de la défaite s’installe à droite » et « s’exprime encore off ou mezza voce chez les ténors UMP accablés par les errements stratégiques de leur mentor », assure Nicolas Demorand dans Libération.
Selon Michel Guilloux (L’Humanité), qui rêve « qu’un formidable +Dégage+ s’exprime… dans les urnes », le rassemblement de la Concorde ressemblait à une représentation de « Pour qui sonne le glas ».
« Sarkozy a peut-être perdu la bataille de l’image », analyse Bruno Dive dans Sud-Ouest, avec à la fin des discours, un président sortant « serrant hâtivement des mains, comme s’il était pressé de s’en aller » et « un Hollande prenant du plaisir dans un vrai bain de foule. »
Des « vents contraires » ont soufflé dimanche dernier en politique, estime Jacques Camus (La République du Centre): « un vent porteur d’optimisme à Vincennes et un vent plus frisquet de doute, place de la Concorde. » AFP










