• lun. Mai 17th, 2021

La pollution de l’eau potable et l’impact nocif de l’agriculture en France

Une étude effectuée par l’UFC-Que choisir, plus d’un million de consommateurs en France boivent une eau polluée, essentiellement par des pesticides.

L’UFC-Que choisir dénonce l’impact de l’agriculture sur la qualité de l’eau potable en France. Selon une étude publiée ce mardi 20 avril par l’association de consommateurs et réalisée avec l’ONG Générations futures, plus d’un million de Français, principalement en zones rurales, boivent une eau polluée essentiellement par des pesticides. Face à ce constat, elle demande une interdiction de certains des produits soupçonnés d’être des perturbateurs endocriniens.

Dans un communiqué de presse, l’UFC-Que choisir souligne néanmoins que la qualité de l’eau progresse : « 98 % des consommateurs ont accès à une eau conforme à la totalité des critères sanitaires, soit une progression de plus de deux points par rapport à la précédente étude de 2017. »

Cette amélioration s’explique par trois facteurs : « dans des grandes villes, des réseaux contaminés ont été fermés, la loi NOTRe a incité à des groupements de compétences au niveau des intercommunalités dans l’objectif de mettre des moyens financiers au pot commun et il y a eu des améliorations techniques », a expliqué à l’Agence France-Presse Olivier Andrault d’UFC-Que choisir, qui a piloté l’étude.

Les pollutions agricoles coûtent cher aux consommateurs

Des problèmes subsistent toutefois, en particulier dans des zones rurales et de montagne. Selon UFC-Que choisir, « les pollutions agricoles constituent toujours les premières causes de contaminations : 450 000 consommateurs boivent ainsi une eau dépassant les normes maximales en pesticides et 148 000 une eau contaminée par les nitrates ».

UFC-Que choisir cite notamment les villes de Château-Gontier, en Mayenne, Langres, en Haute-Marne, pour les pesticides et Berck, dans le Pas-de-Calais, Chinon, en Indre-et-Loire, pour les nitrates. « La pollution des eaux, des nappes phréatiques et des rivières n’a pas baissé », souligne Olivier Andrault.

« Ce paradoxe de la bonne qualité de l’eau potable s’explique par la mise en place de coûteux traitements de dépollution », selon l’étude. « Le coût de la dépollution des pollutions agricoles représente entre 750 millions et 1,3 milliard d’euros par an, intégralement financé par les consommateurs via leurs factures d’eau », indique-t-elle.
Une disparité selon les territoires

Dans leur étude, les deux associations de défense des consommateurs et de l’environnement s’inquiètent également de la disparité, selon les départements, des pesticides recherchés dans l’eau potable. « 750 molécules de pesticides ou de dérivés peuvent être rencontrées dans la nature, en moyenne on n’en recherche en France que 206 », explique Olivier Andrault. « Dans certains territoires comme l’Aisne, qui est pourtant un département agricole avec des grandes cultures intensives très utilisatrices de pesticides, on peut descendre à douze », poursuit-il.

Les associations s’inquiètent aussi de la présence de pesticides soupçonnés d’être des perturbateurs endocriniens, qui « peuvent agir à des doses beaucoup plus faibles et avec un effet cocktail », souligne Olivier Andrault. « Si on s’en tient aux normes actuelles, certes très basses au niveau de l’eau, et si on n’applique pas le principe de précaution au niveau des pesticides suspectés d’être des perturbateurs endocriniens, on soumet la population à un risque », juge-t-il.

« L’étude révèle ainsi la présence de pesticides soupçonnés d’être des perturbateurs endocriniens dans 28 % en moyenne des analyses considérées comme conformes à la réglementation », selon le communiqué. Par conséquent, UFC-Que choisir et Générations futures demandent que la commercialisation de ces pesticides soit interdite au nom du principe de précaution. Les associations demandent également « d’intensifier les recherches de pesticides en lien avec les niveaux de risques et les types de cultures environnantes ».

« Les gouvernements français ne veulent pas contraindre les agriculteurs à respecter la réglementation environnementale. Nous en payons les conséquences et le coût au niveau de la facture d’eau », dénonce Olivier Andrault. Les contaminations bactériennes concernent, elles, 80 000 personnes « essentiellement en zones de montagne et en zones rurales de l’Est », ce qui s’explique souvent par le manque de moyens de petites communes ou des réseaux vétustes. (AFP)

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