• lun. Mai 17th, 2021

La Russie défend sa « fermeté » face aux manifestants pro-Navalny

Alexeï Navalny: le Kremlin s’est félicité de « l’action ferme » de la police face aux manifestations réclamant la libération de l’opposant Alexeï Navalny, dont le mouvement veut continuer le combat malgré la répression et l’emprisonnement de son chef.

Un mouvement de protestation d’une ampleur inédite depuis plusieurs années a essaimé à travers la Russie depuis l’emprisonnement mi-janvier d’Alexeï Navalny à son retour en Russie, après cinq mois de convalescence en Allemagne où il se remettait d’un empoisonnement dont il accuse Vladimir Poutine.

Poursuivi pour avoir enfreint son contrôle judiciaire dans une affaire remontant à 2014, il a vu mardi sa peine avec sursis commuée en deux ans et huit mois prison ferme. Un emprisonnement qui a suscité un tollé en Europe comme aux Etats-Unis, des critiques balayées par la Russie.

Le jugement a aussitôt provoqué des manifestations dans le centre de Moscou et Saint-Pétersbourg conclues par 1.400 nouvelles arrestations et des images de violences policières. Au total, depuis le 23 janvier 10.000 personnes ont été arrêtées, selon l’ONG spécialisée OVD-Info.

Interrogé par les journalistes, le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov a estimé que la police avait répliqué « de manière déterminée » et « justifiée » à des manifestations illégales.

Avant les protestations de mardi soir, deux week-ends consécutifs de mobilisation avaient vu des dizaines de milliers de Russes sortir dans la rue à travers le pays, notamment dans les régions traditionnellement plus apathiques que les grandes villes comme Moscou et Saint-Pétersbourg.

Elles s’étaient soldées par des nombre record d’arrestations: 4.000 le 23 janvier puis 5.700 le 31 janvier selon les comptes OVD-Info, soit plus de 10.000 depuis le début du mouvement.

« Les autorités ont passé un cap en emprisonnant Navalny. L’étape ou elles l’endiguaient, le supportaient est terminée. Maintenant, elles pourrait viser la destruction » de son organisation », estime Alexandre Baounov du Centre Carnegie de Moscou.

Malgré la répression, l’incarcération de nombreux cadres et l’emprisonnement de leur leader charismatique, les proches de l’opposant ont néanmoins promis de poursuivre le mouvement.

« Ce n’est que le début », a affirmé sur Telegram l’un des proches d’Alexeï Navalny, Leonid Volkov, qui réside en Lituanie.

Selon lui, les partisans de l’opposition vont « augmenter la pression sur Poutine », organiseront « de nouveaux rassemblements pacifiques » et de « nouvelles enquêtes » sur le président russe et ses proches.

Traitements infligés aux manifestants

Outre les arrestations, OVD-Info s’est alarmé de traitements dégradants infligés aux manifestants, alors que se multiplient sur les réseaux sociaux les témoignages de personnes enfermées des heures dans des fourgons cellulaires ou les images de la réponse policière très ferme, notamment mardi soir.

Des interpellés ont « passé la nuit dans des conditions difficiles », a déclaré à l’AFP un responsable de l’ONG, Grigori Dournovo, expliquant que certains ont dormi par terre ou n’ont pu aller aux toilettes.

Autre souci, les avocats font face à de nombreuses difficultés pour avoir accès aux centres de détention. « Ils montrent clairement qu’un avocat est vu comme un complice de l’accusé », a déclaré M. Dournovo.

La chaîne de télévision Dojd avait diffusé mardi une vidéo Instagram d’un manifestant: « Plus de 40 heures se sont écoulées depuis notre arrestation (…) Nous ne sommes pratiquement pas nourris. Ces neuf dernières heures, on est dans un bus, obligés de rester debout », déclarait-il.

Arrêté à la demande des services pénitentiaires (FSIN) pour n’avoir pas pointé comme il aurait dû le faire, alors qu’il était en Allemagne, Alexeï Navalny a vu une peine de prison avec sursis reçue dans une affaire de détournements être commuée en ferme.

Sitôt la condamnation connue, l’équipe de l’opposant avait appelé à manifester dans le centre de Moscou, quadrillé par de très importants déploiements de forces anti-émeutes OMON ou de la garde nationale.

Sa condamnation a provoqué un torrent de condamnations internationales appelant à la « libération immédiate » d’Alexeï Navalny. Le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, est attendu vendredi à Moscou.

D’autres affaires judiciaires attendent Alexeï Navalny, qui doit comparaître dès vendredi pour « diffamation » envers un ancien combattant. Il est aussi accusé d’escroquerie dans un autre dossier et nombre de ses collaborateurs sont assignés à résidence, incarcérés ou poursuivis. (AFP)

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