• 29 avril 2026

Emmanuel Macron met en garde contre la « mort » de l’Europe

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« Notre Europe est mortelle, elle peut mourir. » Emmanuel Macron a dressé un portrait alarmiste à un mois et demi d’élections européennes compliquées pour son camp, exhortant à un sursaut des Vingt-Sept pour bâtir une « Europe puissance » et une défense « crédible ».

« L’Europe peut mourir d’elle-même », a martelé le chef de l’Etat dans un nouveau discours sur l’Union européenne à la Sorbonne, après celui de 2017, comme en écho à sa prédiction d’une Otan en « état de mort cérébrale » avant que la guerre en Ukraine ne change la donne.

« Cela dépend uniquement de nos choix mais ces choix sont à faire maintenant » car « à l’horizon de la prochaine décennie (…) le risque est immense d’être fragilisé voire relégué », a-t-il averti.

Durant une heure et cinquante minutes, devant 500 invités, il a décrit une Europe « dans une situation d’encerclement » face aux grandes puissances régionales. Et jugé que les valeurs de la « démocratie libérale » européenne étaient « de plus en plus critiquées » et « contestées ».

« Nous sommes encore trop lents, pas assez ambitieux », a-t-il également affirmé, plaidant pour une « Europe puissance » qui « se fait respecter », « assure sa sécurité » et reprend « son autonomie stratégique ».

Un nouveau mantra, après celui de « souveraineté européenne » avancé en 2017 et dont il s’est félicité qu’il se soit « imposé en Europe ».

Dans un contexte géopolitique alourdi par la guerre en Ukraine, il a annoncé qu’il inviterait les Européens à se doter d’un « concept stratégique » de « défense européenne crédible », évoquant la possibilité pour elle de se doter d’un bouclier antimissiles.

 Emprunt européen

Il a aussi appelé l’Europe à renforcer son industrie de défense, et plaidé pour un « emprunt européen », sujet tabou notamment en Allemagne, pour investir dans l’armement en appliquant le principe de « préférence européenne ».

Face aux débats sur l’immigration portés par la droite et l’extrême droite, il a affirmé que l’UE devait « retrouver la maîtrise » de ses « frontières » et « l’assumer », proposant « une structure politique » continentale pour prendre des décisions sur les sujets de migrations, de criminalité et de terrorisme.

Sur le plan économique, pour aboutir à une « Europe de prospérité », Emmanuel Macron a défendu un « choc d’investissements commun », en doublant la capacité financière de l’UE pour faire face aux défis de défense, climatique, numérique et industriel. Mais aussi l’introduction d’un « objectif de croissance », voire de « décarbonation » dans la politique monétaire de la Banque centrale européenne, aujourd’hui cantonnée à la maîtrise de l’inflation.

Face à la concurrence de la Chine et des Etats-Unis, « le risque c’est que l’Europe connaisse le décrochage », a averti le chef de l’Etat, appelant également à réviser la politique commerciale européenne puisque ces superpuissances n’en « respectent plus » les règles.

Enfin, pour une « Europe humaniste », Emmanuel Macron a voulu « défendre une Europe de la majorité numérique à 15 ans », avec avant cet âge, un contrôle parental sur l’accès aux réseaux sociaux.

Le chancelier allemand Olaf Scholz, pas toujours sur la même longueur d’ondes européennes, a salué les « bonnes impulsions » de son homologue pour que « l’Europe reste forte » et promis de continuer à la « faire avancer ensemble ».

 « Autosatisfecit »

Avec les crises, « rarement l’Europe n’aura autant avancé » depuis sept ans, s’est tout de même félicité le président français. « Plus personne n’ose tellement proposer des sorties, ni de l’Europe, ni de l’euro », s’est-il réjoui, dans un tacle à l’extrême droite, qui domine les sondages en France pour le scrutin de juin.

Selon lui, les « nationalismes » ne « proposent plus de sortir de l’immeuble, de l’abattre » mais ils « proposent de ne plus avoir de règles de copropriété, de ne plus investir, de ne plus payer le loyer ». Ce qui, a-t-il insisté, finirait par tuer le projet européen.

Présenté comme « institutionnel » par l’Elysée, son discours-fleuve avait officiellement comme ambition d' »influer sur l’agenda » de la prochaine Commission européenne.

Mais il a été largement été perçu en France comme une entrée en campagne du chef de l’Etat pour donner à son camp l’élan qui lui manque. L’opposition a d’ailleurs demandé qu’il soit « décompté dans le temps de parole de Valérie Hayer », la tête de liste macroniste.

« Emmanuel Macron confond ses incantations et ses gesticulations avec des réalisations », a réagi la patronne du Rassemblement National Marine Le Pen, tandis que sa tête de liste aux européennes Jordan Bardella a fustigé la « séance d’autosatisfaction » du chef de l’Etat.

Dans des termes proches, le numéro un des Républicains Eric Ciotti a dénigré le « satisfecit technique habituel » d’un président français qui a fait « la leçon à la terre entière », quand la France est « le pays malade de l’Europe » dont « tout le monde parle à Strasbourg et à Bruxelles » selon le candidat LR François-Xavier Bellamy.

Même son de cloche à gauche, où la tête de liste écologiste Marie Toussaint a critiqué « un autosatisfecit parfait sur le passé et des grands concepts pour ne rien dire », tandis que sa concurrente insoumise Manon Aubry a qualifié M. Macron de « menteur et d’arnaqueur », lui reprochant de « déplorer les effets de l’impuissance qu’il a construite ».

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