• lun. Mar 4th, 2024

Etats-Unis et Chine, d’où vient la guerre des semi-conducteurs ?

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Les Etats-Unis ont pris à l’automne 2022 des mesures pour restreindre l’accès de la Chine aux technologies essentielles à la fabrication des semi-conducteurs, estimant que cela pourrait nuire à leur sécurité nationale.

Des assertions rejetées par Pékin qui accuse Washington de pratiquer un « terrorisme technologique » et d’entraver injustement sa croissance économique.

Voici un tour d’horizon des principaux enjeux liés à la « guerre des semi-conducteurs »:

 Pourquoi les puces électroniques sont-elles importantes ?

Les micropuces font vivre l’économie mondiale moderne. Ces petites et fines tranches de silicium se nichent dans tous types d’appareils électroniques, tels que les ampoules LED, les machines à laver, les voitures ou les smartphones.

Elles sont également indispensables au bon fonctionnement des systèmes judiciaires, de soins et des services publics de la plupart des pays.

A elles seules, les micropuces devraient représenter un marché de 1.000 milliards de dollars d’ici à 2030, selon un rapport de McKinsey publié l’an dernier.

Elles sont plus que jamais essentielles en Chine, deuxième économie mondiale, où la fabrication d’appareils électroniques dépend largement de l’approvisionnement en puces étrangères.

En 2021, la Chine a importé pour 430 milliards de dollars de semi-conducteurs, soit plus que ses dépenses en pétrole.

 Pourquoi cibler la Chine ?

Au-delà des iPhones, des Teslas et des PlayStations, les puces les plus puissantes sont essentielles au développement de technologies avancées dont l’intelligence artificielle, ou d’armes de pointe, comme les missiles hypersoniques et les avions de chasse furtifs.

Mais Washington a annoncé en octobre 2022, au nom de la « sécurité nationale », de nouveaux contrôles à l’exportation pour empêcher l’achat par Pékin de puces haut de gamme « utilisées dans des applications militaires ».

En mars 2023, les Pays-Bas leur ont emboîté le pas, annonçant freiner l’exportation de technologies destinées à la fabrication de puces électroniques pour prévenir tout usage militaire.

En même temps, le Japon a pris des mesures similaires, elles aussi destinées à empêcher « le détournement des technologies à des fins militaires ».

Si les Pays-Bas, membre de l’Otan, et le Japon, allié majeur des Etats-Unis, n’ont jamais cité la Chine, ils se sont aussitôt attirés les foudres de Pékin.

 Pourquoi la Chine s’inquiète-t-elle ?

La fabrication de puces est extrêmement complexe et implique de nombreux pays.

Nombre d’étapes dépendent en revanche des Etats-Unis, ainsi que des Pays-Bas et du Japon, dont les entreprises détiennent le quasi-monopole de la production de machines de lithographie qui impriment des motifs sur les tranches de silicium.

Cela donne un avantage majeur à ces trois pays qui, de facto, possèdent une influence considérable sur la production mondiale des semi-conducteurs.

« Il faudra des années à la Chine pour développer des alternatives » aussi performantes que les outils auxquels Pékin n’a plus accès, déclare à l’AFP Chris Miller, auteur de « La guerre des puces » (« Chip War: the fight for the world’s most critical technology »).

« Si c’était si simple, les entreprises chinoises l’auraient déjà fait », conclut-il.

 Les sanctions ont-elles impacté les Chinois ?

Les fabricants chinois de puces électroniques avaient stocké des machines pour amortir le choc, avant l’annonce des mesures américaines.

Mais un grand fabricant chinois a déclaré à l’AFP qu’une fois les stocks épuisés, ou lorsque des machines devront être réparées, les restrictions américaines commenceront à se faire sentir.

Des entreprises chinoises, incapables de fournir leurs clients, ont déjà perdu des contrats lucratifs avec des partenaires étrangers. Elles ont été contraintes de licencier du personnel et de geler des projets d’expansion.

Les restrictions américaines, hollandaises et japonaises ont ainsi impacté certains des plus grands fabricants chinois de puces, tel Yangtze Memory Technology Corp (YMTC).

L’une des sanctions les plus pénalisantes pour la Chine est le gel des talents, Washington ayant interdit à ses ressortissants de travailler pour l’industrie chinoise.

Une récente enquête semi-officielle, menée auprès d’entreprises chinoises, estime que la Chine aurait besoin de 800.000 travailleurs étrangers d’ici à 2024.

 Quelle est la réponse de Pékin ?

Pékin a réagi avec colère, s’engageant à accélérer ses efforts pour devenir à 70% autonome en matière de semi-conducteurs d’ici à 2025.

Des dizaines de milliards de dollars ont été injectés dans la production nationale, sans résultat immédiat.

Aujourd’hui, la Chine répondrait à moins de 20% de la demande, selon des experts.

Elle pourrait bien atteindre son objectif d’autonomie, mais cela prendra du temps.

Bill Gates ne « pense pas que les Etats-Unis parviendront un jour à empêcher la Chine d’avoir de bonnes puces ». Mais « nous allons les forcer à dépenser du temps et beaucoup d’argent pour fabriquer les leurs », a déclaré en mars le cofondateur de Microsoft. (AFP)

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