• ven. Fév 3rd, 2023

Médecins libéraux en Grève: un coup de semonce pour « sauver la profession »

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« Un coup de semonce », voire le combat de « la dernière chance pour sauver la médecine de terrain« : des milliers de médecins et biologistes libéraux ont fermé cabinets et laboratoires jeudi et vendredi, les uns pour réclamer des hausses de tarifs, les autres pour s’élever contre une ponction de leurs bénéfices.

« Je fais des remplacements un peu partout, et ça ne me donne pas envie de m’installer », témoigne Julien Rogowski, 30 ans, généraliste en Alsace.

Arnaud Saada, 39 ans, installé dans l’Essonne, se lamente: « Je refuse une petite dizaine de patients par jour, c’est abominable ».

Ce « mouvement historique » a été initié par le jeune collectif « Médecins pour demain », qui a rassemblé en quelques semaines près de 15.000 membres sur Facebook, symptôme d’une colère qui se répand parmi les 110.000 praticiens libéraux en exercice

Avec pour revendication le doublement du tarif de la consultation (de 25 à 50 euros), ce groupe a rallié les syndicats à sa cause. Ceux-ci y voient un moyen de peser dans la négociation ouverte avec l’Assurance maladie en vue d’un nouvel accord pour les cinq prochaines années.

Cinquante euros

La pression passe aussi par la rue, avec des rassemblements organisés dans les grandes villes. A Toulouse comme à Rennes, 200 personnes se sont retrouvées à la mi-journée. A Nantes, ils étaient 450, tandis qu’en Corse un tiers des 300 médecins libéraux de l’île s’étaient déclarés grévistes.

A Paris, ils étaient un millier devant le ministère de la Santé, pour scander « 10 ans d’études, 25 euros, c’est la médecine qu’on assassine ».

Dans la foule, la présidente du syndicat FMF, Corinne Le Sauder, affirme même que « donner des moyens à la médecine libérale, c’est aussi sauver l’hôpital », qui réclame également des moyens.

« Cinquante euros, ça peut paraître complètement fou, mais c’est un point sur l’horizon pour s’approcher de la moyenne européenne » du tarif de consultation, autour de 45 euros, fait valoir Jérôme Marty, du syndicat UFML, avançant « 75 % à 80 % » de cabinets fermés, quand le collectif Médecins pour demain en recense « plus de 10.000 ».

Des chiffres à « prendre avec du recul », relativise Thomas Fatôme, qui attend les données de remboursement « en tout début de semaine prochaine » pour « mesurer la réalité du mouvement ». Le patron de l’Assurance maladie indique cependant à l’AFP « prendre avec sérieux » les attentes des médecins, tant « sur leurs conditions de travail » qu’en termes de rémunérations.

Mais s’il entend « proposer des revalorisations » dans le cadre des négociations, il souhaite aussi « répondre aux attentes de la population » en matière d’accès aux soins. Or doubler la consultation à 50 euros coûterait 7 milliards d’euros à la Sécurité sociale, alors qu’avec les divers forfaits versés aux praticiens, ceux-ci perçoivent déjà 35 euros en moyenne par acte.

Les syndicats présentent la hausse des tarifs comme un « choc d’attractivité » vers une médecine de ville en manque criant d’effectifs, écrasée par les tâches administratives au détriment du soin, et qui n’attire plus les jeunes.

« Si nous ne sommes pas entendus, nous appellerons à la grève dure et illimitée à partir du 26 décembre », prévient déjà Médecins pour demain.

« Entêtement »

« La porte est loin d’être fermée », a réagi le ministre de la Santé François Braun, assurant que « rien n’est tabou » au sujet des tarifs, « dès lors qu’il y a des engagements » en face pour « que chacun de nos concitoyens puisse avoir un médecin traitant, en particulier les plus fragiles » et afin « d’assurer la permanence des soins » les soirs et les weekends.

Les médecins ne sont pas seuls dans ce mouvement. Pointés du doigt pour leurs profits record liés aux tests Covid-19, les laboratoires refusent eux la ponction de 250 millions d’euros par an inscrite dans le budget de la Sécurité sociale.

« Ce coup de rabot entraînera une fermeture des laboratoires de proximité », s’est alarmé François Blanchecotte (Syndicat des biologistes), au nom d’une profession qui emploie 52.000 salariés et pourrait perdre selon lui 400 de ses 4.200 sites.

Le secteur, qui revendique « 90 à 95 % » de laboratoires en grève, a proposé de « rendre » 685 millions d’euros sur quatre ans, soit « près de 80 % » de ses bénéfices depuis 2020.

Sa mobilisation durera non pas deux mais trois jours, samedi inclus. « Si le gouvernement ne saisit pas la possibilité de dialoguer, son entêtement va nous obliger à (…) prendre des dispositions encore plus graves et difficiles à supporter », a menacé devant la presse François Blanchecotte.

 

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