Le président Emmanuel Macron et le Premier ministre François Bayrou ont apporté un soutien ferme à l’indépendance de la justice après la condamnation de Marine Le Pen qui a suscité des attaques du RN contre les juges, le calendrier étant accéléré pour permettre une décision en appel à l’été 2026.
Lors du Conseil des ministres, le chef de l’Etat, qui ne s’était pas encore exprimé depuis la condamnation de lundi, s’est placé en « garant des institutions » en « rappelant » que « l’autorité judiciaire est indépendante » et que « les magistrats doivent être protégés et ont le droit d’être respectés », selon son entourage.
Il a également affirmé que « tous les justiciables ont droit au recours », selon des participants, alors que la justice a déjà fait savoir qu’un nouveau procès en appel pourrait se tenir dans des délais qui laissent une porte ouverte à une éventuelle candidature présidentielle en 2027 de la leader du parti RN droite.
Pour sa part, François Bayrou a précisé devant les députés le fond de sa pensée sur le jugement de Marine Le Pen. Selon son entourage, il s’était dit « troublé » de la décision, en affirmant que ses « interrogations » portaient sur l’application immédiate (exécution provisoire) de la peine d’inéligibilité et non sur la peine elle-même.
« S’il y a interrogation, c’est le Parlement qui doit s’en saisir » car cette disposition « c’est la loi », a-t-il affirmé.
Plusieurs membres du Rassemblement national ont salué l’annonce la veille par la cour d’appel de Paris qu’elle examinerait le dossier « dans des délais qui devraient permettre de rendre une décision à l’été 2026 », soit de longs mois avant la présidentielle.
« C’est une très bonne nouvelle dans laquelle je veux voir le trouble qu’a créé le jugement », a aussitôt réagi dans Le Parisien Marine Le Pen, condamnée en première instance à cinq ans d’inéligibilité immédiate, quatre ans d’emprisonnement, dont deux ferme aménagés sous bracelet électronique (elle n’ira pas en prison), et à une amende de 100.000 euros.
« Au plus vite la décision sera définitive, plus vite on sera fixé, mieux c’est pour notre débat démocratique », a de son côté commenté le chef des députés LR Laurent Wauquiez sur TF1.
Pour Xavier Bertrand, président LR de la région Hauts-de-France, cette décision prouve qu' »il n’y a aucun complot contre Madame Le Pen » qui va pouvoir « épuiser les voies de recours ».
– « Désaveu » –
L’avocat de Mme Le Pen a pour sa part estimé que la décision de la cour d’appel de Paris d’accélérer son calendrier, « totalement exceptionnelle », constituait un « désaveu » du jugement en première instance.
« La première décision est tellement difficilement défendable en ce qu’elle a été disproportionnée, que l’institution judiciaire éprouve le besoin de tenter de réparer en obtenant un audiencement absolument hors normes », a déclaré Me Rodolphe Bosselut sur BFMTV.
Les délais à Paris pour organiser les procès en appel sont habituellement plutôt de 18 mois à deux ans.
Rien ne garantit toutefois que la cour d’appel rende une décision différente de celle du tribunal, qui a considéré qu’il y avait bien eu un « système » entre 2004 et 2016 pour faire des « économies » au RN en payant avec l’argent du Parlement européen des assistants d’eurodéputés travaillant pour le parti. Le préjudice total est évalué à 4,1 millions d’euros.
Outre Marine Le Pen et le parti, 23 personnes ont été condamnées lundi dans ce dossier.
– L’exécution provisoire dans le viseur –
Dans ce contexte, le RN veut s’en prendre au principe de l' »exécution provisoire » pour les peines d’inéligibilité, qui rend celles-ci immédiatement applicables, sans attendre que les recours soient épuisés.
Dans Le Parisien, Marine Le Pen a annoncé vouloir « saisir le Conseil constitutionnel par une question prioritaire de constitutionnalité (QPC) » sur « l’incompatibilité qu’il y a entre une décision d’inéligibilité avec exécution provisoire et la liberté des électeurs qui est inscrite dans la Constitution ».
Elle a aussi dit vouloir saisir la Cour européenne des droits de l’Homme « en référé » pour faire valoir que le jugement « crée un préjudice irréparable ».
Mais le parti d’extrême droite compte aussi sur une proposition de loi que compte déposer Eric Ciotti, patron des députés UDR à l’Assemblée et allié du RN, pour supprimer cette exécution provisoire.
Le RN organise dimanche à Paris une manifestation de soutien à Marine le Pen.
« Ce n’est pas un coup de force, c’est au contraire une défense très claire et très profonde de l’état de droit et de la démocratie française », a assuré mercredi le président du parti Jordan Bardella à des journalistes au Parlement européen à Strasbourg.











