• 10 mars 2026

Le cinéaste Manoel de Oliveira est mort et le cinéma perd son doyen

ByTeam

Avr 3, 2015
Share This !

Manoel de OliveiraLe cinéaste portugais Manoel de Oliveira est mort jeudi à l’âge de 106 ans, l’homme qui prenait le temps.

Manoel de Oliveira, qui s’est éteint dans sa maison de Porto (nord), selon les médias portugais, était le doyen mondial des cinéastes en activité.

Depuis la sortie de son premier film en 1931, au temps du cinéma muet, il avait tourné plus de 50 longs-métrages de fiction et documentaires, dont l’essentiel après 60 ans.

Sa ville natale de Porto a immédiatement décrété trois jours de deuil et au Parlement portugais, les députés, toutes tendances confondues, ont rendu hommage au réalisateur, fierté du pays.

Il était un témoin incomparable de la culture portugaise qui a contribué à projeter le Portugal à l’étranger, a dit le président portugais Anibal Cavaco Silva.

La culture portugaise a perdu aujourd’hui l’une de ses plus grandes personnalités, a déploré le Premier ministre Pedro Passos Coelho.

Je suis orphelin, comme tout le cinéma mondial. C’était un seigneur, a déclaré sur Twitter le réalisateur français Gilles Jacob, ancien président du festival de Cannes.

Il était éternel. Son cinéma le rend éternel, a réagi Margarida Gil, présidente de l’association portugaise de réalisateurs.

Né le 11 décembre 1908 à Porto, dans le nord du pays, fils d’un industriel passionné de cinéma, cet athlète accompli à l’allure de jeune premier débute comme figurant à 20 ans dans un film muet, Fatima miraculeuse.

Il tourne son premier documentaire – également muet – en 1931, Douro, travail fluvial, sur la vie des travailleurs du fleuve qui baigne sa ville natale.

Acteur dans le premier film parlant portugais, La chanson de Lisbonne, en 1933, c’est surtout la réalisation qui l’intéresse et après plusieurs documentaires il se lance dans la fiction en 1942, avec Aniki-Bobo sur la vie des enfants d’un quartier populaire de Porto.

Cependant, le contexte politique et le manque d’infrastructures dans le Portugal de Salazar le tiennent éloigné des caméras et ce n’est qu’en 1963 que sort son deuxième long métrage, Le Mystère du printemps, évocation de la passion du Christ.

Après une tétralogie des amours frustrées avec notamment Amour de perdition en 1979 et Francisca en 1981, il tourne pratiquement un film par an à partir de 1985, année de la sortie du Soulier de Satin, fresque de près de sept heures qui obtient un Lion d’Or à la Mostra de Venise.

Se succèdent entre autres Non ou la vaine gloire de commander (1990), La Divine comédie (1991), La Cassette (1994), Je rentre à la maison (2001), Belle toujours (2006), Christophe Colomb, l’énigme (2007), L’étrange affaire Angélica (2010) ou encore Gebo et l’ombre (2012).

Fin 2014, pour fêter son 106e anniversaire, le cinéaste avait tenu à rencontrer encore une fois son public lors de la sortie au Portugal de son dernier film, Le Vieux du Restelo, un court-métrage qu’il avait tourné quelques mois auparavant malgré sa santé fragile.

Quelques jours plus tôt, il avait reçu les insignes de grand officier de la Légion d’honneur de l’ambassadeur de France au Portugal, Jean-François Blarel.

» Connectez-vous à Facebook pour pouvoir commenter